Les Français de Plovdiv

Plovdiv, Jeudi 21 Juillet 2016

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Ça y est, mes compagnons de voyage sont partout.

Oh.

Joli lapsus…!

Sont partis en fait.

Il y a à peine 2h déjà.

Je me suis réfugiée dans ma chambre pour me reposer de la tristesse des départs mais la réalité s’est vite chargée de me remettre les pied au sol : des aménagements sont faits dans la pièce par le gérant de l’hostel: il est temps de déguerpir .

Je déambule dans les rues de Plovdiv sans trop savoir où je vais : juste marcher pour faire circuler émotions et idées, se rappeler, digérer les moments vécus, réintégrer sa propre présence.

Heureuse des riches rencontres d’hier.

De ces personnages.

De P., 24 ans en vadrouille  à vélo depuis 3 mois déjà

De N., la fantasque wonderwoman aux pieds d’argile

J’aime ces moments.

Ce que j’aime en voyage, c’est rencontrer les gens, les paysages, les codes culturels. A chaque fois, c’est lire un monde et peut-être comprendre le monde aussi. Mes yeux sont grand ouverts, et affamés, ils avalent tout.

Le cadeau de la présence de P. Comme un mandala. Patiente présence.

Des jolis liens qui se tissent et qui disparaissent le lendemain avec les roues d’un vélo ou le Klaxon d’une voiture.


 

 

N. ou M., je ne sais plus. Appelons là Martine.

La jeune cinquantaine, elle est belle, Martine. Avec ses cheveux légèrement cuivrés, qui rehaussent ses yeux clairs. Ses vêtements sont pratiques et confortables, teintes neutres et passe-partout : gris clair, beige, blanc cassé. Des couleurs qui passent bien l’été avec sa peau doucement bronzée. Discrète élégance.

Elle s’installe à notre table, sans même demander notre accord, et là, c’est un tout autre programme !

Sa conversation démarre en fanfare avec des sujets politiques et de société française. Les mots ponctuellement sont violents (« guillotiner », …). Je me demande si c’est une posture de fanfaronnade entre presque inconnus ou si elle est réellement agressive. J’ai envie de quitter la table.

La conversation finit par s’adoucir et devenir passionnante. Elle raconte sa vie et son job à un poste élevé de Direction dans le domaine de la Formation/Insertion, ses 3 enfants qu’elle élève à côté, ses courtes nuits de 5 heures, jusqu’au jour où….

C’était un matin. En pyjama, dans sa chambre, tout à coup, prise d’un étourdissement. Elle veut s’asseoir sur le lit. Elle tombe. Elle réussit quand même à attraper d’un bras son téléphone pour appeler sa fille.

Je fus touchée qu’elle nous raconte cela.

C’était il y a 2 ans, son infarctus. Plusieurs mois pour se remettre physiquement. Elle n’a pas encore retravaillé depuis. Envisage de devenir consultante. La conversation tourne autour du travail. A chacun sa leçon.

Elle parle de la baisse du nombre d’adhérents aux partis politiques et de la progression du réticulaire. Elle questionne la valeur Travail et le rôle qu’il joue dans les relations sociales. Des patrons qui mettaient en place les CAF pour fidéliser les ouvriers. De la « gueule » des patrons si on leur dit qu’on ne veut plus travailler pour eux. Du risque économique que les entreprises sous-traitent à la société et à l’Etat : c’est une façon de voir les choses à laquelle je n’avais jamais pensé !

Bref, elle a finalement bien gagné sa place à notre table !

Elle est partie en vacances en Bulgarie avec ses 2 fils.

Elle les appelle ses Baleineaux porte-couilles.

Hum.

Porte-couilles. Une partie de moi reste figée devant tout ce que cette expression pourrait dire d’une façon de voir les relations Hommes – Femme. Je vois des porte-avions. Point. Pas envie d’aller plus loin dans l’analyse.

Baleineaux, c’est plutôt injuste.

Ses fils – qui lui planquent ses paquets de clope et avec qui elle joue au poker le dimanche soir – sont loin d’être des baleineaux.

L’aîné, 21 ans et étudiant en psycho. Au visage sombre, pourtant capable de s’éclairer rapidement avec un sourire plus large que lui. Des yeux bleus à se damner soulignés par sa chevelure noire et sa peau brunie. Il va faire des ravages.

Le petit frère est déjà grand mais garde encore des grosses joues de bébé. Des yeux très clairs aussi mais un teint rosé porcelaine.

Quand ils sont partis, elle était devant. Ses 2 fils suivaient en file indienne, l’aîné la dépassant d’une tête.

Clown revendicatif, aux pieds délicats.


 

L’autre rencontre, c’est…appelons-le Peter Pan (Pour être honnête, ce surnom ne fait pas sens à 100%, but I like l’allitération ^^).

J’étais arrivée la veille, c’était mon premier matin à Plovdiv.

Au petit déj’, ce matin-là, tout le monde parlait français. J’observais et j’hésitais à faire mon coming-out 🙂

Il était là, petit gabarit mais avec une assurance certaine qui lui donnait une plus grande présence, il naviguait de table en table, saluant les uns et les autres. Je crois même qu’il a parlé allemand avec un accent qui m’a laissée interrogatrice.

Nous avons fait connaissance un peu plus tard, dans le salon de cette villa, transformée en hostel.

Il était en vadrouille depuis plusieurs semaines déjà en « grande Europe de l’Est », se déplaçant à vélo, avec sa tente. Il s’octroyait des pauses en auberges de jeunesse de temps en temps, pour profiter d’une vraie douche et nettoyer ses vêtements.

Il avait déjà parcouru un bout de Turquie, de la Grèce et il était parti d’Allemagne.

C’était génial de pouvoir échanger avec lui et d’écouter ses récits de voyage. D’entendre que tout au long de sa route, son projet un peu fou lui valait surtout de belles rencontres avec des personnes qui – tout comme moi – étaient fascinées et enthousiastes devant son projet, prêtes à lui filer un coup de main.

Des Grecs qui lui offrent généreusement des fruits pour se désaltérer et tenir sous la chaleur.

Mais aussi des chiens errants – et parfois inquiétants – qui accompagnaient son vélo sur plusieurs centaines de mètres. De garde-frontières turcs qui lui disent de passer au poste frontière suivant afin qu’il puisse quitter le pays avant que tout passage de Turquie à Grèce ne devienne impossible (c’était peu temps après le coup d’Etat de mi-juillet 2016 en Turquie). Des camions qui frôlent le vélo et provoquent des appels d’air, d’une roue arrière de vélo qui soudainement ne trouve plus terre et du petit miracle de (ré)équilibre qui fait qu’il reste sur la route et ne part pas dans le décor, là-bas, en bas, beaucoup plus bas.

De Peter Pan, j’ai appris que ce genre de voyages en solitaire requiert un savant dosage de Foi et de Folie. Qu’ils sont une magnifique aventure humaine où les belles surprises et la générosité des rencontres l’emportent sur les galères.

Chapeau bas, Monsieur Peter Pan, et merci ! Des voyages comme cela, ça donne En-Vie !

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