Bucarest, la Disparate.

Ma valise est enfin posée à l’hostel. C’est l’heure de partir explorer Bucarest.

La ville a un certain sens de l’humour, je trouve.

bucharest-cest-ca-aussi

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Ce n’est pas ma 1ère fois : j’avais déjà passé 3 jours en 2008 (approximatif) dans la ville, halte sur un trajet en train Istanbul – Bucarest – Sofia – Thessalonique – Athènes.

La ville est énÔrme, un monstre de bitume et d’asphalte. Les avenues principales sont plus larges que leurs consoeurs parisiennes, les immeubles plus hauts que leurs cousins haussmanniens. Par 36°C, il ne fait pas très bon de s’y attarder en tant que piéton. Je cherche l’ombre des arbres tout en essayant d’aller au trajet le plus court possible.

Je me dirige vers la Piața Unirii* pour repérer l’arrêt de bus qui me conduira à l’aéroport le lendemain matin. Au vu des dimensions de la place, je préfère éviter de courir dans tous les sens avec ma valise à roulettes au petit matin.

La Piața Unirii m’accueille avec ses néons capitalistes et la musique commerciale qui s’échappe des boutiques aux enseignes internationales. Il fait si lourd que je finis par me diriger vers le centre commercial pour trouver de la fraîcheur. Depuis la rue, je rentre dans une boutique de fringues au hasard pour la traverser et accéder au centre, du centre commercial, donc.

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Pas de chance, le fond de la boutique est clos par les vestiaires. Je ressors. Je vois un bus, je finis par voir l’arrêt. Il faut dire qu’ils sont bien cachés 🙂

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Un arrêt de bus s'est caché dans cette image: saurez-vous me dire quelles lignes
de bus le desservent ?

Bon, je ne trouve pas la ligne Express qui emmène à l’aéroport. La chaleur et l’immensité de la place rendent ma quête (h)ardue, désagréable.

Je finis par dénicher les petites rues du centre ancien. Elles sont piétonnes et ombragées, ouf.

bucharest-centre-historique

J’ai faim. Les lieux sont ultra-touristiques : les restaurants proposent de la cuisine bavaroise, viennoise, italienne, française, grecque, américaine et éventuellement…roumaine. Des photos présentent les menus, les terrasses sont équipées de parasols, brumisateurs et ….d’écrans TV géants.

bucharest-centre-historique-restaurants

Peur de vous ennuyer pendant votre repas ? Ou de faire la conversation à votre 
voisin ? No reason to worry, la télé vous sauvera ! Et vous en oublierez même
ce que vous mangez ;)

Bon. Chaleur caniculaire, restos pièges à touristes, l’arrêt de bus recherché n’est pas en vue, la moitié de la place me reste encore à parcourir. Perdue pour perdue, je me rabats sur un fast-food. Shame on me.

Ou pas.

La pause climatisée m’a fait du bien. Je repars à l’attaque de la face Nord de la Piața Unirii. L’après-midi avance et il me semble que la température de l’air a baissé d’un degré.

Je suis en mode « radar », à l’affût de ma proie arrêt de bus. Mon regard se pose sur 3 jeunes ados (2 garçons, 1 fille) qui tiennent par les pieds un corps dont la tête disparaît dans une …..poubelle.

Arrêt. Mais pas de bus. Arrêt. De moi.

Autour, tout le monde s’en contrefiche royalement. Du regard toujours, j’accroche une femme d’une quarantaine d’années accrochée à son portable. Je lui demande (visuellement) si ce sont ses enfants. Elle me renvoie un regard méchant.

Entre-temps, de la poubelle a émergé le visage d’un jeune garçon de 8-10 ans, plutôt joli et souriant. Maintenant, il est utilisé pour jouer à l’hélicoptère. Il va finir par échapper à la « tyrannie » de ses grands frères : en courant et tout en affichant un beau sourire.

Humm.

Je m’éloigne, choquée par la scène de la poubelle.

Je finis par trouver l’arrêt de bus que je cherchais. J’interroge la femme dans la guitoune :

– « Do you speak english ? »

– « No »

Je persévère :

-« The bus to the airport ? »

– « Coca-Cola » me répond-elle.

Pour sûr, l’enseigne est visible de toute la place, malgré son immensité.

Je repars pour aller acheter mon billet, mais je finis par m’arrêter devant le ballet des fontaines de l’avenue qui monte vers le Palais Ceaucescu. La lumière du soir vient rosir les gouttes rondes et lourdes qui dansent et dessinent des motifs dans l’air. Après la scène de la poubelle, je goûte avidement la Beauté de l’instant. J’ai besoin de digérer la violence de ce « jeu » d’enfants, alors je photographie, je photographie, je filme, je filme. Avec mon smartphone, avec mon reflex. Je capte, j’absorbe, je bois, je bois, je bois le ballet délicat et chronométré des gouttes d’eau. En fond d’image, le Palais Ceaucescu ferme la perspective et surveille la ville. Je reste là une bonne vingtaine de minutes en compagnie des fontaines.

bucharest_wasserbrunnen

Je trouve finalement l’arrêt de bus.

– « Do you speak english ? »

– « No »

Je persévère dans un broken english :

-« Tickets to the airport ? »

Elle me tend une carte avec un billet Aller ET Retour. Je rétorque que je n’en veux qu’un seul. Elle me fait comprendre que ça ne se vend que par deux. J’insiste, mettant ainsi en doute son honnêteté. Elle persiste. Finalement, je ne prends pas les billets. Nous nous quittons fâchées.

Passablement énervée, je décide de gravir la rue d’à côté qui monte à une place où sont campés plusieurs bâtiments majestueux. Pas après pas, j’avance, et pas après pas, je maudis intérieurement la vendeuse. Des noms d’oiseaux résonnent dans ma tête, je suis furieuse. Il faut dire que lors de mon 1er séjour en Roumanie, une personne avait déjà essayé de m’arnaquer**. Toute ma colère remonte. Et aussi celle que j’ai eue devant la scène du jeu de la poubelle, je crois.

Arrivée là-haut, je goûte le calme de l’endroit, la tranquillité, la beauté des églises dans la belle lumière de fin d’après-midi estival. Quiétude.

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La Catedrala Patriarhală Sfinții Împărați Constantin și Elena et 
le Palatul Patriarhiei

Il est temps de repartir. Un étrange étroit escalier s’offre à mes yeux. Il permet d’accéder à des immeubles construits à flancs de colline et de descendre vers d’autres quartiers.

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L’ambiance change. Les immeubles sont moins hauts, ils ressemblent à des maisons. Ils sont plus anciens, de guingois, il y a des arbres, des chats et des chiens qui se baladent, de la musique qui s’échappe des fenêtres. Le calme après la tempête.

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Bucarest est pleine de surprises.

Je reviendrai bien.


*la place où a été tournée une des scènes-phares de Toni Erdmann, lorsque l’héroïne suit un personnage étrangement déguisé.

**j’ai finalement acheté mon billet le lendemain matin, un Aller ET un Retour. Leur vente était indissociable et la vendeuse était donc honnête. Mea Culpa.

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